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Faune faune faune

Enquête artistique entre le Faune de Nijinski et Yona Friedman : comment habiter la terre à l'ère de l'anthropocène, par une lecture écoféministe et pluridisciplinaire.
Faune, faune, faune est un projet qui propose d’interroger notre façon d’habiter le monde en prenant comme point de départ deux figures inspiratrices. D’une part, la figure du Faune, en particulier l’interprétation faite au début du XXe siècle par Debussy en musique et Nijinski en chorégraphie dans L’après-midi d’un faune (1912). D’autre part, l’ouvrage de Yona Friedman publié en 1976 intitulé : Comment habiter la terre, présenté sur un mode fanzine, formé de vignettes dessinées. 
En mettant en dialogue critique les deux œuvres - toutes deux pluri/trans/disciplinaires dans leur démarche – et les époques différentes (1912 / 1976 / 2018), ainsi que des apports contemporains sur le questionnement, nous cherchons à creuser et ouvrir le champ d’une enquête artistique.

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Le faune tel qu'interprété par Nijinski est cet être hybride homme-animal qui évolue dans un environnement bucolique. Dès lors, transposé à l’ère de l’anthropocène, il fait figure de personnage qui interroge notre rapport au monde. D'une part, mi-homme mi-bête, il se fond dans son environnement au lieu de s'en extraire et s'en déconnecter pour mieux le contrôler, à l'image de l'homme « moderne » en proie à l’illusion de ressources terrestres inépuisables. Et d'autre part, c'est une figure du désir, du rêve et d’une forme de sensorialité qui nous reconnecte au monde. 

Ayant conscience que cette figure du faune représente une icône plutôt patriarcale, nous voulons le réinterpréter selon une lecture écoféministe inspirée par les apports de Françoise D’Eaubonne, Silvia Federeci, Donna Haraway, et Judith Butler. L’écofeminisme est une philosophie, une éthique et un mouvement nés de la conjonction et de l'union de courants de pensées féministes et écologistes. Elles mettent en lien les oppressions relationnelles et les oppressions sur la nature. 

Aujourd’hui on se demande si l'on peut encore parler en termes de faune et de flore, alors que les espèces en voie de disparition sont si nombreuses, et qu'on ne peut plus appréhender notre environnement comme avant. Tout de suite, on se crispe. On dit «nature», et on voit un tas de plastique coincé entre deux pauvres herbes sèches. Il y a ceux qui ont encore la chance d'avoir un chalet à la montagne et dont la représentation de la « nature » reste encore presque intacte, ou tente de le rester. Mais dans la réalité de la majorité des humains, elle reste obscure : leur environnement c'est le bitume et le plastique. 
Cet imaginaire, alors, résonne comme un appel, une forme de résistance, un chant de désir, celui de se rapprocher de ce qui nous est cher, sans l'idéaliser ni le faire entrer dans le champ de la nostalgie– et sans le détruire. 

Faune, faune, faune n'est pas une reprise de l'après-midi d'un faune, mais une réécriture et réinterprétation contemporaine à partir de certains aspects choisis. 

Dans
Comment habiter la terre Yona Friedman fait des propositions concrètes, un programme, de façon illustrée. C’est un objet qui devient à la fois poétique (par le dessin) et politique, par sa force de proposition. Cet ouvrage de quelques pages est comme une partition : comment l’interpréter aujourd’hui ? 

Faune, faune, faune scande la réitération, et met ainsi en avant la pluralité, émet un rythme, une phonétique. Interroger notre façon d’être au monde c’est aussi réinventer un langage pour en parler.

Photographies de @Anouk Zurbuchen

Galerie photos

Lucie Eidenbenz

Le travail de Lucie Eidenbenz développe un langage chorégraphique et performatif, avec une approche qui pose la question du public, du contexte, et des interactions entre des questions d'ordre à la fois sociales, politiques et artistiques. 
En 2005, elle suit la formation pour artiste chorégraphique Exerce dirigée par Mathilde Monnier au CCN de Montpellier. Après des études en sciences sociales à l'Université de Lausanne, elle est boursière à Danceweb, Impulstanz Festival Vienna, puis suit la formation Transforme à Paris. Ses pièces Traum Project (2010), Animals are like water in water (2011), The Boiling Point (2011), Last Plays (2014) et Tschägg (2015) tournent en Suisse et en Europe dans divers contextes.

Begoña Cuquejo Suarez

Begoña Cuquejo Suárez habite en Suisse jusqu’à l’âge de 9ans avant de partir en Espagne. Maintenant de retour à Genève, elle s’identifie plutôt comme une nomade.

Elle a travaillé comme médiatrice pour le service de la Culture de Meyrin et comme collaboratrice dans l’équipe de la fête de la danse de Genève en 2018. Elle développe ses propres projets artistiques : des cours à l’HETS, des ateliers artistiques pour tout publiques (les 100ans de la HETS, la quinzaine de l’urbanisme), et des mises en place d’événements culturels.

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