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Journée d'étude

La résonnance des rythmes

Journées d'étude sur la création artistique en collaboration avec le vivant non humain : fonge, végétaux, bactéries. Enjeux esthétiques, éthiques et politiques.
Un nombre grandissant d’artistes depuis le début de ce siècle développent des stratégies créatives impliquant la collaboration avec des partenaires non humains : fonge, végétaux, bactéries, insectes, etc. Ces stratégies peuvent comprendre la présence d’organismes vivants dans les oeuvres, des tentatives d’hybridation et des essais de symbiose entre humain et non humain, ou encore des essais de communication avec des acteurs non humains, notamment par la musique. À mesure que la prise de conscience écologique se répand dans le monde de l’art, de telles démarches se multiplient et le premier objectif des deux journées d’étude est d’en cerner les enjeux sur le plan esthétique, éthique et politique. 

Les organismes qui sont appelés à figurer dans ce type d’oeuvres ne peuvent pas être considérés comme des matériaux à l’instar des pigments de couleur dans la peinture ou du bronze de la sculpture ; ils en sont pourtant des éléments constitutifs, comme dans Reversion C d’Andreas Greiner où un tableau de P. Mondrian (Composition C) est recréé avec des microorganismes des couleurs correspondantes sous verre. Mais l’oeuvre est alors formée par leur évolution à travers le temps et la transformation qu’ils impriment collectivement à sa forme visible. 

Ainsi, au lieu d’être une manière d’immobiliser, voire d’immortaliser, un événement, l’oeuvre devient une forme qui se transforme au gré de l’évolution des vivants qui la constituent. Elle s’inscrit dans l’espace et le temps de manière intrinsèque – rien en elle n’est dissociable du temps. Une oeuvre impliquant structurellement des non partenaires non humains possède une existence indissociable d’un certain rythme vital, et constitue par conséquent à chaque fois une occasion de vivre une forme spatiotemporelle singulière, qui ne se répète pas. Le concept de rythme, tel que le philosophe français Henri Maldiney l’a proposé, à savoir le mouvement à chaque fois singulier par lequel une oeuvre se déploie dans l’acte perceptif, s’applique particulièrement à ces oeuvres dont la dimension temporelle est celle de l’action d’un vivant. En développant de telles oeuvres, les artistes créent aussi en même temps des dispositifs de formation de la sensibilité du spectateur. En effet, l’expérience de telles oeuvres est aussi l’expérience d’une temporalité différente de celle des humains, d’une altérité qui ouvre à des sensibilités inattendues. Plus précisément, l’enjeu est de saisir le potentiel de transformation de la sensibilité du spectateur de ces oeuvres par l’expérience de l’entrelacement des rythmes vitaux. En effet, en mettant en scène visuellement la diversité des rythmes, les artistes donnent lieu à une expérience de relativisation des rythmes humains et parfois d’hybridation possible avec des non-humains. Ainsi, la question émerge de savoir quelle est l’incidence de telles expériences sur la conscience de soi des spectateurs et sur leur sensibilité à l’égard des autres vivants. 

Les stratégies de collaboration avec d’autres vivants que les humains posent la question de la correspondance ou de la dissonance des rythmes humains et des rythmes des autres vivants. L’oeuvre est le lieu de cette rencontre des rythmes, et sa structure et son efficacité sont liés à la forme de cette rencontre, son accordage. Cette perspective donne la clé pour analyser les oeuvres et saisir leur structure et leur déploiement propre dans une durée par nature imprévisible.

Les deux journées d’étude proposent un dialogue soutenu entre des artistes et des théoricien-nes qui développent une création et une réflexion sur ces questions, entre arts visuel, histoire de l’art et philosophie du vivant. 

Jeudi 9 juin
14h Stefan Kristensen — philosophe, Strasbourg
Introduction
14h45 Jessica Ullrich — historienne de l‘art, Münster
Aesthetic Encounters beyond the Human
16h Adam Zaretsky — artiste, New York / Corfu
The Double Bind of Bioart: Non-Human Life in Art as Usury
16h45 Annabelle Dufourcq — philosophe, Nijmegen
L’imaginaire comme interface écologique

Vendredi 10 juin
9h Dalila Honorato — théoricienne, Université Ionienne, Corfou
The Semiotics of Microbial Flora
9h45 Ana Maria Gomez Lopez — artiste et chercheuse, Amsterdam
Ocular Germination
11h Mickaël Labbé — philosophe, Strasbourg
L’architecture : au-delà de l’humain ?
11h45 Jeanette Schäring – artiste, Göteborg
Performance “The Stain on the cloth”
12h30 Clôture et repas en commun
Evénement
Université de Strasbourg

4 rue Blaise Pascal / CS 90032
67081 Strasbourg
France

Galerie photos

Stefan Kristensen

Stefan Kristensen est philosophe, docteur et habilité à diriger des recherches en esthétique et en philosophie. Il est depuis septembre 2019 professeur d’esthétique et dethéorie de l’art à la Faculté des arts de l’Université de Strasbourg.Auparavant, il fut assistant-doctorant au Département de philosophie de l’Université de Genève de 2000 à 2006, collaborateur scientifique dans le même Département de 2007 à 2010, puis au Département d’histoire de l’art de 2010 à 2016, et enfin, de 2017 à 2019, chercheur postdoc à l’Université de Heidelberg avec un projet de recherche personnel soutenu par la Fondation Fritz Thyssen sur la question de l’inconscient dans la psychosomatique. Il a soutenu une thèse de philosophie en 2007 sous la direction de Renaud Barbaras (Paris 1) et une HDR en 2016 sous la direction de Jean-Christophe Goddard.
Il est l’auteur d’ouvrages et d’articles qui explorent le rôle et la structure du sujet dans les pratiques artistiques et dans la clinique psychiatrique. Sa thèse, publiée en 2010 chez Georg Olms sous le titre Parole et subjectivité. Merleau-Ponty et la phénoménologie de l’expression, discute la question du passage du sens perceptif au sens linguistique chez Husserl, Gurwitsch et Merleau-Ponty, et montre que le paradoxe de l’expression (pourquoi exprimer le sens du perçu par le langage si celui-ci n’y ajoute rien, et s’il y ajoute quelque chose, comment être sûr de ce qui a été perçu ?) est lié à la fixation d’une certaine forme du sujet, celui de la connaissance. Il a publié en 2014 un ouvrage surJean-Luc Godard (L'Age d’Homme) où il montre l’importance de la phénoménologie de la perception chez Godard pour comprendre la portée politique de son cinéma. En 2017, il a publié La Machine sensible (Editions Hermann), une étude sur l’expérience subjective du machinique, à travers la psychiatrie, l’art et l’ontologie.

Anna Barseghian

Après des études d’architecture en Arménie, Anna Barseghian a continué comme artiste visuelle. Elle a obtenu un diplôme postgrade en communication visualisation infographiques à l’Université de Genève. Parallelement à son travail artistique elle conçoit et réalise des projets dans le cadre de l’association Utopiana, cofondé avec Stefan Kristensen en 2001 à Genève.

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