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PAISITOS

Plateforme de Giulia Cilla en Résidence: janvier-mai 2012

En work in progress,  cette plateforme  se définie comme espace de pensée critique sur l’imaginaire radical. La création de cette plate-forme participative d’arte correo est conçue comme un geste de réappropriation d’une pratique considérée comme obsolète. Une des principales raisons qui m’a conduite à choisir ce moyen tient au fait que, de par sa nature, cette pratique n’est pas soumise aux critères de la marchandisation de l’art. Cette recherche propose d’appliquer et d’approfondir le concept de praxis, à travers l’outil d’arte correo qui va fonctionner comme un pont entre la Suisse et l’Uruguay, développant ainsi une méthodologie de la réciprocité.

Le noyau conceptuel du projet s’insère dans les réflexions sur les politiques mémorielles citoyennes, dans le contexte post-dictatorial ; en particulier, certains mouvements des droits humains uruguayens (mères, HIJOS , FEDEFAM, Ex-Tupamaros, l’association Où sont-ils ? (Paris), association du Jardin des Disparus –Genève, etc.) et leurs liens avec les pratiques de l’art militant. Dans ce contexte, le concept d’imaginaire radical de C. Castoriadis et sa relation à la loi d’amnistie permet d’analyser de manière critique la bataille contre la loi d’amnistie menée par les associations de citoyens, qui illustre actuellement la tentative de mettre en place une forme d’imaginaire radicale et finalement une utopie sociale concrète.

La proposition de Giulia Cilla vise de générer un réseau de collaborations et de réflexion critique sur les relations (et les frontières, le cas échéant) entre art et politique. Elle tient également à engager un dialogue entre les associations des droits humains et l’art contemporain à Genève et Montevideo. Le choix des deux villes sont pour des raisons biographiques et stratégiques. (Genève est notamment le siège d’ONG, d’organisations internationales et de plusieurs associations citoyennes). Au lieu de traiter le sujet de façon historique et linéaire, elle procède à l’inverse, en commençant à générer une réflexion affective sur la matière historique. Ainsi son approche  est avant tout le fruit d’une nécessité personnelle et biographique qui se fait matière Intellectuelle et artistique. La plateforme vise à mettre en évidence l’influence de la théorie du trauma et de la psychopolitique, de la biopolitique agambienne sur les pratiques sociales à l’époque de la dictature. Notamment, l’apport des mouvements de femmes à ces pratiques ont largement contribué à reconfigurer tant les lieux du politique que ceux de l’art.

C’est une forme d’échange réel qui insiste sur une temporalité anachronique pour pouvoir questionner la notion d’ « autorialité », l’ouvrir à la notion plus large et inclusive d’opérateur culturel. La plate-forme elle-même est conçue comme une installation artistique. Non seulement pour la plate-forme aie sa propre identité, mais aussi afin que elle ne fonctionne pas comme un «White Cube». La salle est entièrement recouverte d’un tapis jaune, vert, blanc et rose en tant que métaphore correspondant aux couleurs et aux pourcentages de chaque bulletin de vote pour l’abrogation de la loi d’amnistie en 1989 et 2009. Le nom de la plate-forme accentue le lien biographique et suggère une réflexion sur la dynamique coloniale et les relations entre «centre et périphérie cultural» que Luis Camnitzer souligne dans son livre « Didactique de la libération » la désignation de l’Uruguay comme étant la Suisse de l’Amérique : «…Peut-être l’usage d’une image sans réciprocité (la Suisse ne s’est jamais autoproclamée l’Uruguay de l’Europe), révélait comment fonctionnait et fonctionne la perception internationale ».  Ce projet vise à intervenir dans ce type de perceptions stéréotypées, en identifiant et en déconstruisant leurs mécanismes afin de proposer d’autres types de perceptions et d’imaginaires.

Gulia Cilla (23.03.1983 Locarno, CH) est artiste, vit et travaille entre Genève, Vienne et L’Amérique du Sud. Après un diplôme en art contemporain à l’académie de beaux arts de Milan, elle a obtenu un postgrade et un master à la HEAD Genève au département CCC. Actuellement elle mène ses études doctorales à l’Académie des beaux-arts de Vienne.

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