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Leone Contini

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Résidence septembre, novembre

Banque de semences migrantes

« J’ai créé récemment une « banque de semences migrantes », une archive qui tente de cartographier les activités liées à l’agriculture accomplies par des immigrés en Italie, pour leur propre consommation, et concernant des variétés qui ne sont pas « locales ».

Outre cette cartographie, la création de cette banque a pour objectif d’implémenter et de reproduire localement (c’est-à-dire de naturaliser) la biodiversité associée à ces activités. C’est à ce second niveau que je souhaite développer à Genève une banque que l’on puisse considérer comme une archive vivante, capable d’interagir avec le monde extérieur – local – et de l’affecter.
Ce processus implique plusieurs risques/opportunités, associés surtout avec la définition du « soi ». Puisque nous sommes ce que nous mangeons, et que nous mangeons ce que nous cultivons, nous pourrions dire que nous sommes, dans un certain sens, ce que nous cultivons. Un légume/corps étranger est-il un cheval de Troie capable de détruire notre identité, ou représente-il une opportunité de la développer ? Cette question abyssale peut être contournée, le corps étranger se trouvant lui-même dans un processus de transformation lorsqu’on l’introduit dans un nouvel environnement. Reproduire localement un légume appartenant à un microclimat particulier implique son adaptation/transformation, et par conséquent la « création » d’une biodiversité nouvelle. Alors que les banques de graines existantes sont destinées à la protection d’une biodiversité anciennement créée, l’Archive Vivante se projette principalement et surtout dans un futur.

Dans cette perspective, l’archive pourrait être activée afin de rompre le monopole de la bio-ingénierie et de se réapproprier les potentialités de transformation-adaptation des végétaux en conditions de mutation – en évitant bien sûr la manipulation directe de leurs gènes. Si la seule réponse à l’appropriation capitaliste de la biodiversité (par les OGM entre autres) se trouve dans la conservation, l’on risque de s’engager dans une bataille rétrograde. La conservation devrait être couplée à la création et la transformation, ainsi qu’à l’adaptation aux différents et multiples goûts et climats locaux – et/ou aux changements climatiques. L’anthropologie ainsi que la géographie de la production alimentaire subiront probablement de profondes transformations pendant des décennies, en guise de conséquence des migrations et des changements climatiques. Au niveau de nos savoir-faire, l’intention et la compréhension des pratiques agricoles devraient évoluer pour se réapproprier l’« initiative » de la création de nouvelles variétés*. Contre la tendance à la redécouverte d’exclusivités idéologiques touchant aux origines des aliments – souvent couplées à une acception naïve du naturel – je pense que nos efforts doivent se diriger vers la restauration du dynamisme, compris comme un principe clef au sein des pratiques agricoles ».

*Il est possible de créer de nouvelles variétés de végétaux par la « sélection », c’est-à-dire en ne permettant qu’aux seuls individus montrant des caractéristiques désirables de produire des graines. Une autre méthode procède par croisements. La pollinisation croisée par exemple, hybride au moins deux variétés, pour les replanter et les stabiliser graduellement afin de fabriquer une nouvelle espèce végétale.

Biographie

Leone Contini est un artiste italien qui possède un bagage anthropologique. Il a obtenu sa thèse en anthropologie culturelle à l’université de Sienne.
Son travail adopte généralement un point de vue communautaire et ses mediums incluent des performances-lecture, des interventions collectives dans l’espace public, des récits textuels et audiovisuels, du blogging et de l’auto-publication.
Sa recherche se concentre sur les frictions interculturelles, les relations conflictuelles et de pouvoir, les migrations et les diasporas, visant à l’investigation, le questionnement et la redéfinition des motifs identitaires et des relations de pouvoir.
Plusieurs de ses projets récents sont en relation avec les communautés immigrées en Italie et questionnent l’économie informelle, les pratiques d’alimentation conviviale, le savoir traditionnel et son rapport aux identités nouvelles et l’hybridité – avec en arrière-fond de sa pratique la conscience d’une montée des comportements xénophobes et la récession économique prise comme « facteur urgent », pour tenter de renverser l’histoire dominante.
Selon l’imaginaire populaire – d’ailleurs dominant – les migrants sont perçus comme menaçant l’identité italienne ; dans ses contre-récits, la migration représente au contraire une opportunité de nous repenser dans une perspective plus complexe, dynamique et d’une façon productive de sens.

Residency September, November

Bank of the migrating germoplams

I recently created a « bank of the migrating germoplams », an archive aiming to map the farming activities performed by migrants in Italy for their own consumption, and therefore regarding varieties which are not « local ».
Beside mapping, the bank aims to implement and locally reproduce (=naturalize) the biodiversity associated with such activities. On this second level, which I would like to develop in Geneva, the bank can be consider a living archive, able to interact with the external world – the real? – and to affect it.
There are several risks/opportunities implied in this process, mainly related with the definition of the « self ». Since we are what we eat, and we eat what we grow, in a certain sense we are what we grow. A foreign crop-body is a Troy horse able to destroy our identity or is an opportunity to develop it? this gigantic question can be bypassed: the foreign crop itself is in fact undergoing a process of transformation while introduced into a new environment.
To locally reproduce a vegetable which comes from another micro-clime implies its adaptation/transformation, therefore implies the « creation » of biodiversity. While the existing seed banks aim to protect the biodiversity created in the past, the Living Archive is mainly projected into the future.
In this perspective the archive could be politically activated to break the monopoly of genetical engineerings by red-appropriating the skills of transforming-adapting the vegetables to mutable conditions – of course avoiding the direct manipulation of the gens. If the only answer to the capitalistic appropriation of the biodiversity (= OGM) is in fact the conservation, the risk is to engage in a retro-guard battle. Conservation should be paired with creation and transformation, adaptation to diverse tastes and local climates – and/or to climate transformations. Both the anthropology and the geography of food production will in fact undergo decades of deep transformations, as a consequences of migrations and climate changes. As a consequence of this our skills, aims and understanding of agricultural practices should evolve and re-appropriate the « initiative » of the creation of new varieties*. Against the tendency to rediscover exclusive ideological food-origins – often paired with a naive understanding of what is natural – I think that our efforts should go in the direction to restore dynamism as a pivotal principle of agricultural practices.

*A way to create new plant varieties is by ‘selection », c’est a dire by allowing only plants that show desirable traits to produce seeds. Another technique is crossbreeding, where the cross-pollination will hybridize two or more varieties, to be regrown and gradually stabilized as new vegetables.

Biography

I’m an Italian artist with an anthropological background. I got my thesis in Cultural Anthropology at Siena University.
My works are usually community-based and my mediums include lecture performances, collective interventions in public space, textual and audio-visual narratives, blogging and self-publishing.
My research is focused on intercultural frictions, conflict and power relations, displacement, migrations and Diasporas, aiming to investigate, to question and to re-shape identity patterns and power relations.

Many of my recent projects are dealing with migrant communities in Italy, in relation with topics such as informal economies, convivial and food practices, traditional knowledge and new identities, hybridism – the rising xenophobia and the economical recession being the “urgency factor” underlying my practices, my aim being the overturn of dominant narrations. According to the populist imagery – which is dominant indeed – Migrants are seen as a threat to the Italian identity; in my counter-narrations the migrations are instead an opportunity to rethink ourselves in a more complex, dynamic and generative way.