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Résidence avec Kombucha /// Alanna Lynch

Alanna Lynch tisse une collaboration étroite avec des microorganismes qui vivent sous formes de colonies symbiotiques de bactéries et levures (SCOBY) et qui fabriquent le thé de Kombucha. Grâce au processus de fermentation, ces colonies produisent de la cellulose – un matériau à forte odeur quand il est humide, mais qui peut aussi être séché et utilisé comme un textile. Mais l’intérêt que Lynch a pour cette forme de vie n’est pas dû qu’à ses caractéristiques et propriétés matérielles, car elle ingère aussi les organismes en buvant le thé. Depuis deux ans déjà, Lynch cultive des SCOBY de grande taille (énormes) qu’elle utilise ensuite soit sous forme séchée pour confectionner des gants, mais aussi sous forme humide en tant que matériaux dans ses performances. Elle boit le thé pour observer l’effet que les microorganismes ont sur son expérience subjective.

La moitié des cellules dans le corps humain sont d’origine bactérienne et les études menées dans le contexte de l’axe microbiome-intestin-cerveau ont démontré que les bactéries de l’intestin qui sont engendrés par des stimuli externes, affectent la manière dont les gens pensent, se sentent et se comportent. A travers leurs faculté d’affecter de telle manière l’esprit, les bactéries peuvent être considérées comme ayant un potentiel radical dans leurs capacité de mettre à l’épreuve les catégories binaires telles que sujet/objet, esprit/corps et humain/non-humain.

Dans ce contexte, les interrogations et la recherche de Lynch se portent sur l’intuition et ce qui veut dire de “penser avec ses tripes” ou, autrement dit, sur l’information liée à la réponse corporelle et qui est traitée par le cerveau au niveau subjectif ou émotionnel. En effet, il y a une base neurobiologique du rôle que le microbiome intestinal tient dans les états émotionnels ainsi que dans les prises de décisions intuitives. En ingérant les micro-organismes et en altérant les microbiomes, Lynch questionne les effets que ceci peut avoir sur les individus. Ses recherches se portent sur les questions de la subjectivité et du pouvoir que les individus ont à influencer le monde qui les entoure (agency), tout en suggérant l’existence du lien entre les microbes et le développement sociétal.

L’expérience sensorielle avec les SCOBY de Kombucha fait partie d’un plus grand champ de recherche mené par Lynch et qui concerne les domaines tels que l’affect, le dégoût, l’odeur et la proximité. Elle s’intéresse à la capacité de l’affect d’engager plusieurs corps à la fois (tout autant humains que ceux des autres organismes), ainsi qu’à la politique de l’affect. L’esthétique des SCOBY déclenche des réactions qui sont tout autant biologiques qu’apprises culturellement en lien avec des sentiments de dégoût, et qui font allusion aux théories telles que le système immunitaire comportemental.

*Alanna Lynch est une artiste performeuse qui travaille avec des organismes, des textiles et autour de la recherche, en s’appuyant sur un bagage varié en biologie, psychologie et activisme. Son travail explore comment les affects liés aux sentiments de peur et de dégoût sont construits ainsi que l’esthétique qui les entoure. Elle est aussi membre du collectif Smell Lab.
www.alannalynch.com

Alanna Lynch works in collaboration with the microorganisms that produce kombucha tea. Through the process of fermentation this symbiotic colony of bacteria and yeasts (SCOBY) produces cellulose, a material that smells strongly while wet and can be dried and used as a textile. Lynch’s interest in working with this life-form goes beyond the material properties: she ingests the microorganisms by drinking the tea.  For two years she has been growing large SCOBYs that she uses both dry, to sew gloves, as well as wet, as a material in performance.  She drinks the tea to observe the effect the microorganisms have on her own subjective experience.

Half of the cells in the human body are bacterial cells and research on the microbiome-gut-brain axis has shown that bacteria in the gut, originating as external stimuli, affect the mind: how people think, feel and even behave.  Bacteria can be seen as radical in the potential it has to challenge binary categories such as subject/object, mind/body and human/non-human.

Within this context Lynch’s research looks at intuition or “gut feelings”: information that is tied to a bodily response and that is processed in the brain on a subjective/emotional level. There is a neurobiological basis for the role that the gut microbiome plays non-consciously in states of emotion and intuitive decision-making. By consuming microorganisms and altering our microbiomes she asks what effect this can have on an individual. With this research she looks at questions of subjectivity and agency, as well as research that suggests a link between microbes and the development of sociality.

The sensory experience of the kombucha SCOBY ties into Lynch’s wider research in the areas of affect, disgust, smell and proximity. She is interested in the ability affect has to engage multiple bodies (human and other organisms) and in the politics of affect. The aesthetics of the SCOBY triggers both culturally learned and biological responses linked to feelings of disgust, and references theories such as the behavioural immune system.