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« La nature humaine » par Stefan Kristensen

En psychiatrie, une notion mystérieuse, riche et contradictoire est celle de « pulsion ». Selon Freud, c’est le pivot entre le corporel et le psychique. La pulsion est le « représentant psychique » des tensions corporelles, comme par exemple la faim ou le désir sexuel. En suivant cette intuition, explorer la pulsion revient à explorer précisément le propre de la « nature » humaine, notre enracinement à la fois biologique, social et culturel. De tous les côtés, cette exploration invite à penser notre nature et notre liberté autrement, et par conséquent aussi nos relations avec les autres vivants. Pour ce prochain mercredi, je vais entr’ouvrir quelques portes dans cette direction.

STEFAN KRISTENSEN, a soutenu une thèse de philosophie intitulée Parole et subjectivité en 2007; il a travaillé comme chercheur et enseignant à l’Université de Genève de 2000 à 2016, avec des détours par Paris et Heidelberg (Bourse Humboldt) ; il a participé à fonder l’association Utopiana en 2001 ; sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (juin 2016) porte sur l’image de la machine en psychopathologie et dans les arts actuels ; elle sera publiée en septembre prochain aux Editions Hermann sous le titre La Machine sensible.

EN SAVOIR PLUS SUR LA NATURE HUMAINE ?
Un présupposé très bien ancré dans notre culture est que le monde humain est distinct du monde naturel. Il y a les hommes et leur culture d’un côté et, de l’autre, les animaux, les plantes et leurs imbrications. L’artificiel et le naturel. Or il ne suffit pas de dire que l’humain est un animal comme les autres – en tant qu’être vivant, l’humain est un corps animé de forces qui nous font faire des choses et nous donnent l’impression de ne pas avoir le choix. Ces forces ont été appelées des « pulsions » dans la tradition psychiatrique.

Pourtant, les pulsions sont aussi ce qui nous est le plus propre : suivre nos pulsions nous permet de réaliser ce que nous sommes vraiment. Parler des pulsions implique donc d’affronter des contradictions qui nous traversent et nous constituent. Ce qui est fascinant avec cette notion est qu’elle implique une dimension biologique (il est question des mouvements qui agitent notre corps), mais aussi une dimension sociale et politique (puisque nos corps sont toujours déjà engagés dans des rapports de force sociaux). En pensant à la pulsion, on pense donc l’humain comme un être dont la biologie ne se comprend que culturellement (et inversement).

En prévision d’un séminaire à l’automne prochain, ma présentation du 21 juin donnera quelques points de repère dans ce champ complexe, en référence à Freud, Szondi, Maldiney et (un petit peu) Lacan. L’idée est que cela donne quelques clés pour comprendre mieux nos relations avec les autres vivants, par exemple la raison pour laquelle notre comportement est si destructif à leur égard.
@Stefan Kristensen