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SANDRINE TEIXIDO ET AURELIEN GAMBONI – MAELSTRÖM

Mercredi 30 avril 2014 à 19h

Sandrine Teixido et Aurélien Gamboni présentent leur recherche à Utopiana.

La démarche de Sandrine Teixido et Aurélien Gamboni (Paris/Genève) s’inscrit dans la continuité d’une enquête de longue haleine menée à partir de la nouvelle d’Edgar Poe « A Descent into the maelström » (1841). Considérant cette nouvelle comme un puissant outil de pensée, ils procèdent depuis plusieurs années à une collecte de récits et de témoignages qui s’attachent à celui de Poe, permettant d’interroger les enjeux liés à la perception des changements environnementaux et d’expérimenter les possibilités offertes par les récits et la fiction d’ouvrir de nouveaux espaces pour l’action.

L’histoire des trois pêcheurs pris dans le gigantesque maelström – un tourbillon qui se forme à intervalle régulier près de l’archipel des Lofoten, au nord de la Norvège – et dont seul survivra celui qui parvient à saisir les dynamiques propres de ce phénomène, devient un précieux outil de pensée pour envisager la perception des risques liées à l’évolution de notre environnement. L’illustrateur Fritz Eichenberg, le sociologue Norbert Elias, le théoricien des médias Marhsall McLuhan, le théoricien d’art Gene Ray et l’historien de l’environnement Grégory Quenet, notamment, se sont servis de la nouvelle pour conceptualiser des problématiques propres à leur époque, qu’il s’agisse du glissement totalitaire qui a permis l’avènement du IIIe Reich, du risque d’escalade nucléaire pendant la Guerre Froide, du  «tourbillon de l’information électronique», des politiques de la terreur post-11 septembre, ou encore des processus d’adaptation au changement climatique.

À ce jour, le projet a connu de multiples développements, en premier lieu dans le cadre du Festival Les Urbaines en 2011, où la structure du récit était traduite en architecture fictive d’assemblée afin d’abriter les multiples récits qui gravitent autour de celui de Poe. L’enquête s’est poursuivie au Brésil en 2013, dans le cadre de la 9e Biennale du Mercosul à Porto Alegre, qui a permis aux auteurs de déployer sous plusieurs formes –expositions, publications, conférences et débats – une collection de récits et de témoignages recueillis par un travail d’investigation. Ils ont ainsi procédé à de nombreux entretiens avec des habitants de Porto Alegre pour tenter d’entrevoir la complexité des relations qu’ils entretiennent avec leur environnement naturel, notamment en lien avec l’histoire des inondations récurrentes qu’a connu la ville, ainsi qu’avec d’autres phénomènes extrêmes tels que l’ouragan Catarina qui a touché les côtes voisines en mars 2004. 

Après avoir commencé à faire voyager le maelström de Poe, l’avoir outillé et adapté afin qu’il puisse trouver de nouvelles résonances dans un contexte donné, la nouvelle étape consiste tout naturellement à le « porter » cette fois sur les lieux mêmes de l’intrigue: au sein de l’archipel des Lofoten, sur le 68e parallèle nord, là où Edgar Poe lui-même ne s’est jamais rendu. Dès la fin de l’année 2014, les auteurs initieront ainsi une série d’expéditions, où il s’agira aussi bien d’observer le véritable phénomène du « maelstrøm » – cette fois dans son épellation scandinave –, que de voir les usages que les habitants du Nordland feront de la nouvelle de Poe, en résonance avec les nouvelles problématiques écologiques et énergétiques qui secouent la région.